Festin_Balthazar.jpeg

Frans Francken l'Ancien (entourage de) (Anvers 1545 - 1618)

Le Festin de Balthazar 

Fin du XVIe - début du XVIIe siècle

Huile sur bois

86 x 117 cm 

n° inv. 890.221

Musée Sainte-Croix, Poitiers

Cette huile sur toile représente un banquet au temps de l’exil des Hébreux à Babylone. La salle est cependant décorée selon la mode du XVIIe siècle. Les lignes formées par les flammes convergent toutes vers un point de fuite obscur. Le roi Balthazar et ses mille dignitaires profanent les récipients sacrés que son prédécesseur Nabuchodonosor a volé au temple de Jérusalem. Une main apparaît et écrit ce message annonciateur sur le mur : « Mené, Mené, Tekel et Parsîn » (Daniel 5, 25), les jours du roi sont comptés, son âme pesée et son royaume divisé. Durant la nuit, Balthazar sera tué et ses rivaux se partageront son royaume.

Frans Francken l'Ancien (entourage de) (Anvers, 1545 - 1618)

    L’auteur de cette œuvre n’est pas identifié, mais peut être rapproché de la famille des Francken, dynastie active à Anvers à cette même époque. Frans II Francken, dirigeant l’atelier au tournant du XVIIe siècle, est lui-même l’auteur d’au moins trois Festin de Balthazar, thème alors très en vogue.

Association des oeuvres et écriture des textes :  Romane Trassard et Marie-Sarah Galin

 

 

 

Que la lumière soit !

    Lorsqu’il réalise sa performance Chandelier, Steven Cohen ne sait pas que « les fourmis rouges », groupe d’individus qui tirent leur surnom de la couleur de leurs vêtements, vont détruire le bidonville dans lequel il se trouve. Sur demande de la police, ils viennent armés de bâtons et ont pour mission de tout saccager sur leur passage. Cohen, seule source de lumière grâce au chandelier qu’il porte, continue de danser au milieu du chaos. A l’instar du corps rayonnant de Steven Cohen, les chandeliers et leurs flammes en relief dans le tableau Le Festin de Balthazar éclairent les dernières secondes de calme avant la panique qui va bientôt régner sur la cour du roi babylonien. 

    Certains habitants du bidonville semblent penser que Cohen est un ange tombé du ciel, comme un sauveur. Le personnage qu’a peint Alfred de Curzon dans L’Amour au fond des bois n’est pas sans entretenir avec lui une certaine ressemblance. Tout comme Cohen cherche à interagir avec ceux qui l’entourent lors de sa performance, Amour fixe, songeur, le spectateur et semble être prêt à intervenir dans la destinée des hommes. Cohen et Amour se ressemblent aussi dans la fragilité qu’ils dégagent : la démarche de Cohen est peu assurée et les personnes autour de lui l’aident à progresser dans cet environnement hostile. Quant au dieu ailé, Curzon le représente comme un jeune adolescent au regard enjoué, reflétant une certaine innocence dans sa posture. Avec Chandelier, Cohen met en lumière la triste vérité de la discrimination des minorités et de la classe. Amour et Steven Cohen produisent tous deux, à leur manière, une source de lumière, l’un par la blancheur et l’aspect velouté de sa peau sur laquelle se reflète la lumière et l’autre grâce au chandelier qu’il porte et qui illumine ce qui, jusque-là, était relégué dans l’ombre.

Alfred de Curzon,

L’amour au fond des bois 

1861

Huile sur toile 

197 x 133 cm

n° inv. 896.1.204

Musée Sainte Croix, Poitiers

 

Les sources d’inspirations antiques et académiques de Curzon sont parfaitement visibles sur cette toile. Le dieu Amour se trouve au centre, debout face au spectateur. Un fin drapé lui ceint, avec pudeur, son bassin laissant le reste de son corps nu. Sa blancheur reflète son innocence et sa pureté. Accoudé à un rocher, il porte sa main gauche à sa bouche et regarde le spectateur avec l’air joueur d’un enfant. Ses ailes blanches rappellent sa nature divine. À ses pieds sont disposées des flèches, il en tient une dans sa main droite ainsi que son arc. La lumière éclairant le dieu se reflète sur lui. Il est la source de lumière de l’œuvre et illumine le sous-bois.

Alfred de Curzon (1820, Moulinet, France – 1895, Paris, France)

    Alfred de Curzon, de son nom complet Marie-Paul-Alfred Parent de Curzon, est un artiste français du XVIIe siècle. Il réalise ses études à Paris afin de préparer Polytechnique, mais choisit en 1839 de changer de voie et de devenir peintre. Ainsi débute un parcours durant lequel il fréquente notamment l’atelier de Michel Martin Drolling, qu’il quitte en 1841 pour intégrer celui de Louis Cabat. Il expose pour la première fois au salon en 1843, et part pour l’Italie après l’obtention du second Prix de Rome de paysage historique en 1849. Alfred de Curzon voyage également en Grèce, dont la culture constitue l’une de ses sources d’inspiration – son art reste imprégné de références au statues grecques antiques. Le peintre obtient également le troisième prix de l’Exposition Universelle de 1867. 

En 1861, L’Amour au fond des bois est exposé au salon. Le journaliste Léon Lavedan compare cette œuvre avec Psyché, qu’Alfred de Curzon avait présentée au Salon l’année précédente.

Curzon_L'amouraufonddesbois.jpeg

Steven Cohen, Chandelier

2002

Vidéo mono-bande, son, 16’24, EA

n° inv. 015.24.1

FRAC Poitou-Charentes, Angoulême

Vidéo accessible dans son intégralité sur le site du SHED, via la collection vidéo d'Antoine de Galbert (en bas de la page, rendez-vous à "Semaine #1 - à partir du 29 mai 2020")

Steven Cohen a réalisé cette performance lors de la démolition d’un bidonville à Johannesburg. L’artiste se déplace à pas incertains sur de hauts talons. Il est affublé d’un véritable chandelier lumineux en guise de vêtement. Sa déambulation fébrile entraîne le regroupement d’une foule de curieux autour de lui et fait naître une étrangeté poétique au milieu du désordre ambiant. Les habitants du bidonville l’aident à avancer, dansent autour de lui et créent au milieu du chaos et de la violence un moment de partage. Steven Cohen continue de marcher jusqu’à la tombée du jour où, même si tout semble sombre et perdu, son chandelier, pareil à une lueur d’espoir, s’illumine.

Steven Cohen (1962, Johannesburg, Afrique du Sud)

    L’artiste plasticien et performer sud-africain Steven Cohen se définit lui-même comme un « artiste africain, blanc, juif et homosexuel ». Son corps, déguisé, maquillé, travesti, ou même dénudé, est son principal moyen d’expression. Son art tire ses principales sources d’inspiration de la danse, notamment des ballets, et de la culture drag. Il intervient sur scène et souvent dans des espaces publics. Ses œuvres traitent du rapport entre les genres et les dominations en soulevant les questions identitaires liées à l’antisémitisme, le racisme et l’homosexualité. Cohen utilise la performance car elle permet une connexion immédiate avec le public. Il lui transmet ainsi directement un message, un ressenti et des émotions.

En 2001, il réalise la performance Chandelier dans un bidonville de Johannesburg. Lors d’une interview, Cohen confie qu’il accorde une grande importance à l’esthétique du mouvement car pour lui « tout est danse ». Même s’il a réitéré Chandelier plusieurs fois dans d’autres contextes, cette vidéo est, pour lui, un véritable « documentaire » qu’il serait « impossible de reproduire » pour la charge émotionnelle – voire « magique » – qui s’est dégagée au contact d’un processus de violence.

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now