Afzac_CapitaineRagaine

C. Afzac

Portrait du capitaine Charles-Pierre Ragaine

Après 1915

Huile sur toile 

38 x 46 cm

n° inv. 984.6.17

Musée Sainte-Croix, Poitiers

Ce portrait en buste du capitaine Charles-Pierre Ragaine nous présente un homme marqué par le sérieux et le prestige de l’uniforme de Saint-Cyr. Son visage est fermé, aucune expression ne transparaît, si ce n’est la fierté de représenter l’État et les valeurs militaires. Son signalement, inscrit dans son livret militaire, nous le décrit en ces termes : « cheveux et sourcils blonds, yeux gris, front rond, nez long, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, taille 1m73 ». On y apprend également les raisons de son élévation au grade de chevalier de la Légion d’Honneur, pour « grand mérite et haute valeur, donnant en toute circonstance l’exemple du devoir et du courage notamment les 23 et 24 septembre 1914 et le 21 octobre 1914 ».

C. Afzac

    On ignore tout au sujet de cet artiste, probablement amateur ; les circonstances de la réalisation du portrait du capitaine Ragaine restent, pareillement, inconnues.

Association des oeuvres et écriture des textes :  Elsa Denichou

et Mathieu Fonroques

Ne pas tomber dans l'ombre

    Depuis, l’aube de l’Antiquité, le portrait a toujours été assimilé à la notion d’éternité. D’abord très prisé par les empereurs romains dans la numismatique et la sculpture, la Renaissance le remet au goût du jour, pas uniquement pour les souverains mais aussi pour les illustres propriétaires ou militaires. Le portrait est l’image qui persiste après son passage sur terre. C’est la trace que l’on lègue à ses descendants, l’image qui restera pour les siècles à venir. Cependant, comment faire persister cette image et contrer l’oubli lorsque la disparition survient prématurément ?

    Le portrait du capitaine français Ragaine nous montre ce que l’État laisse à voir. Un capitaine, en uniforme, décoré, splendide, aux yeux froids. Cependant, son histoire reste obscure. Tout au plus le voit-on paré de la légion d’honneur, la plus haute distinction française, signe de bravoure, de courage et de mérite. Si son histoire reste méconnue, son visage et son aura restent pour toujours fixés dans le temps, comme miroir d’une nation prospère et sereine.

    Parallèlement, Hugo Vidal élabore des micro-interventions pour faire persister la mémoire de Julio Lopez. Opposant à la dictature argentine de 1976 à 1983, l’État le fait disparaître comme des dizaines de milliers d’autres ainsi que leurs enfants. Néanmoins, Lopez ne disparaît « que » d’octobre 1976 à juin 1979, avant de réapparaître après des années passées dans divers centres clandestins de torture. En 2006, quelques heures avant son dernier témoignage qui visait une soixantaine de bourreaux, policiers et militaires, Lopez disparaît à nouveau et n’a plus donné signe de vie jusqu’à ce jour. Les médias s’emparent de cette affaire, qui marque la première disparition sous le régime démocratique. Afin que Lopez ne tombe pas dans l’oubli, Hugo Vidal continue à d’« imprimer » sa mémoire pour la faire perdurer. Il construit un sceau « Aparición con vida de Julio » pour intervenir sur les bouteilles du vignoble Lopez dans les supermarchés. L’artiste s’inscrit dans la démarche du brésilien Cildo Meireles qui, pour dénoncer l’assassinat sordide du journaliste Vladimir Herzog, tamponna « Quem matou Herzog ? » (« Qui a tué Herzog ? ») sur des billets de banque. 

Hugo Vidal

Botella de mensaje 

Depuis 2007

Issu de la série Promoción de Julio

Un carton de 6 bouteilles tamponnées, 3 photographies documentant le geste de tamponnage, un fac-similé du registre des actions.

n° inv. 015.26.1

Collection FRAC Poitou-Charentes

photo : Hugo Vidal (voir plus...)

 

Cette œuvre réalisée par Hugo Vidal incarne l’engagement politique de l’artiste pour « la réapparition en vie » de Julio Lopez. L’artiste se rend dans les magasins qui commercialisent le vin de la marque « Lopez ». Muni d’un tampon où figure le slogan « Aparición con la vida de Julio », il l’imprime directement sur les bouteilles au sein du magasin, ou les achète pour les tamponner chez lui avant de les remettre en vente en rayon. Cette bouteille de vin incarne Julio Lopez dans chaque foyer argentin, et fait plus largement ressurgir la mémoire de tous les opposants disparus et oubliés. L’artiste s’est engagé à continuer ce processus d’impression quotidiennement jusqu’à ce que Julio Lopez réapparaisse, ce dont rend compte le fac-similé relatant ses actions. Cette œuvre fait partie d’un ensemble de micro-interventions dans lesquelles Hugo Vidal dénonce la disparition de Julio Lopez.

Hugo Vidal (Lincoln, 1956)

    Hugo Vidal est un artiste argentin né à Lincoln, petite ville de la province de Buenos Aires en Argentine, en 1956. Il débute son parcours académique par l’architecture, avant d’entrer dans l’atelier du sculpteur Ennio Iommi entre 1990 et 1994. Le contexte géopolitique de son adolescence marque son travail d’artiste à partir de 2006. 

Le sous-continent américain fut sous influence étasunienne, avec divers régimes autoritaires. L’Argentine connut deux juntes, de 1966 à 1973 puis de 1976 à 1983. Cette seconde dictature fit « disparaître » ses opposants. Des artistes activistes ont dès lors milité pour la recherche des corps, de la vérité et de la justice, à l’instar de Hugo Vidal. Par ses réalisations, Hugo Vidal cherche à se débarrasser des médias obsolètes et encombrants, qui ne touchent plus le public et qui contraignent sa créativité. 

Il tente de détacher l’art du support, s’ancrant ainsi dans un mouvement international apparu ces dernières années. De plus, l’artiste ne cherche pas non plus à se mettre en avant : il met son intervention artistique au service d’une cause, la disparition de Julio Lopez. Aussi Hugo Vidal se veut discret, et ne touche qu’un public restreint et attentif. L’artiste n’aspire pas à la reconnaissance de tous, il s’évertue seulement à remettre dans la lumière un homme que l’État a tenté de faire disparaître l’existence.

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