Reliquaire

Châsse-reliquaire,

auteur inconnu

XIIe siècle

cuivre, émaux

11,6 x 11,3 cm x 8 cm

n° inv. 890.253

Musée Sainte Croix, Poitiers

Les châsses reliquaires de l’époque médiévale sont les supposés réceptacles d’éléments d’ordre divin : en règle générale, elles contiennent des objets ou restes de corps revendiqués comme ayant appartenu au Christ ou à des saints. La haute technicité de l’époque et les richesses matérielles mises en œuvre pour la création de tels écrins (émaux, cuivre, mais aussi argent, or, pierres précieuses) se doit d’attester la richesse de leur contenu. 

La relique ainsi mise en lumière par son contenant, un reliquaire à la valeur tant matérielle que symbolique, reste toutefois dans l’ombre de celui-ci. Sa mise en lumière ne se fait pas par une exposition directe mais par l’intermédiaire de matériaux lumineux, riches, précieux et à la lumière d’une spiritualité religieuse.

L’auteur est ici inconnu. Le caractère anonyme de cette réalisation n’en est cependant pas moins intéressant. Hommes et femmes de religion, saints ou grandes figures de l’Histoire religieuse, ne créent pas en tant qu’artistes pour une cause personnelle, mais pour une cause plus grande : celle de la croyance. Le créateur s’efface pour laisser place à une intention visant, plutôt qu’une volonté artistique, l’allégeance divine. La création n’est alors pas liée à un parti-pris personnel et artistique mais plutôt à une dimension symbolique : les matériaux riches ont une fonction, les pierres précieuses également, la forme et les figurations du reliquaire d’autant plus. 

Ce n’est pas l’auteur du reliquaire que l’objet doit mettre en lumière mais une relique qui, elle, doit être remémorée, reconnue et adorée. À la manière du reliquaire qui se fait intermédiaire entre la lumière divine qu’il contient symboliquement et le monde profane, son artisan-créateur est le dépositaire de cette lumière dans l’Histoire. 

BEN_EmptyBlackBox

Association des oeuvres et écriture des textes : Thibault Lacourcelle

et Julie Degeorges

Mise en lumière ou mise à l'ombre ?

    Qu’est qu’une boîte ? Un contenant et un contenu, répondrez-vous sûrement. Et pourtant, les deux boîtes ici présentées dérogent à ces règles en questionnant mise en ombre et mise en lumière.

    Ben propose une boîte noire vide, mais savons-nous réellement si elle est réellement vide ? Seule l’inscription de l’artiste le suggère. Rien de plus que son écriture ne permet de déceler ce que cette boîte pourrait contenir d’autre que le vide. À l’inverse, les reliquaires de l’époque médiévale, richement décorés, sertis de pierres précieuses, habillés de matériaux de grande valeur (or, argent), sont les écrins de fragments de corps (ou d’objets provenant de saints) – supposés tout du moins –, voire du Christ. C’est, dans le cas de ces derniers, la richesse accordée à l’enveloppe extérieure qui met en lumière son contenant et plus encore, qui le revendique.

    Pour autant, les reliques contenues dans ces joyaux religieux sont mises dans l’ombre de leur propre contenant. Ce qui est placé dans la lumière s’en trouve éclipsé. En retour pour Ben, ce qui est intérieur, qui ne peut être vu, qui ne peut être su, est mis en lumière directement à l’extérieur : l’écriture explicite, ou plutôt suggère, ce que l’artiste a choisi de mettre à l’ombre de notre regard. 

    Par ailleurs, les matériaux et couleurs employés participent de cette mise en lumière comme de la mise en ombre du contenu. Les reliquaires se veulent flamboyants, éclatants, lumineux pour traduire leur intérieur ; la boîte de Ben se veut discrète, aux formes, couleurs et dimensions plus que sobres, mais attire le feu des projecteurs par son questionnement conceptuel.

    Un étrange jeu se met alors en place entre ces deux œuvres pour déterminer ce qui doit être vu, mis en lumière ou mis dans l’ombre, non pour dissimuler ou cacher mais bien plutôt pour montrer le caractère inaccessible de ce qu’elles renferment, à la manière de la lumière elle-même, intangible, imperceptible et pourtant constitutive de notre monde.

Benjamin Vautier dit Ben, 

Empty Black Box,

1962

Acrylique sur bois

15 x 15 x 15 cm, 

n°inv. : 984.26.1

Collection FRAC Poitou-Charentes

photo Richard Porteau, © Paris, ADAGP

Une boîte, noire et vide. Est-ce là tout ? Bien sûr que non. Ben ne vous croît pas sot mais vous pose des questions. Cette simple boîte est signée « Ben », mais la signature seule suffit-elle à lui attribuer le statut d’œuvre d’art ? D’ailleurs, est-elle réellement vide ? Et si elle était vide, serait-ce vraiment une boîte, dont l’objectif premier est de contenir quelque chose d’autre que le vide ? Quel rôle joue sa couleur noire ? Est-ce pour la rendre inaperçue ? Si tel est le cas, pourquoi la mettre en lumière par cette signature ? Aussi, pourquoi la décrire ? Et pourquoi le faire en l’écrivant directement sur elle ? Alors, est-ce là tout ? Boîte noire vide dans l’ombre ? Ou œuvre d’art mise en lumière par un dispositif d’exposition ?

Benjamin Vautier, dit Ben (Naples, 1935)

    Artiste franco-suisse, Ben s’établit à Nice avec sa mère peu de temps après la Seconde Guerre mondiale, en 1949. De 1958 à 1972, il ouvre une échoppe rue Tonduti de l’Escarène, première vitrine de ses expérimentations artistiques, entre accumulation d’objets et écritures. Elle devient à partir de 1962 un lieu d’échange entre les grandes figures de l’École de Nice en devenir. Ben y rencontre Arman, César et bien d’autres. L’artiste développe son art à partir de tout ce qui l’entoure : il convoque le geste de la signature pour attribuer – et questionner par la même occasion – le statut d’œuvre d’art de ses Trous, Coups de pieds, Vomi ou encore Dieu, pour ne citer que quelques exemples. Il explore, après Marcel Duchamp, le concept « d’appropriation ». Pour lui, tout est art.

Ben est notamment connu pour ses fameuses écritures blanches se détachant sur un fond noir, qui sont à la fois des commentaires, des invectives ou des questionnements. Il conçoit un art qui donne à réfléchir sur des concepts variés et parfois abstraits tels que l’ego, le doute, le moi, l’argent. Part entière de son écriture, sa signature devient le fondement de son travail. Dans une voie parallèle à Duchamp, Ben interroge la qualité d’œuvre d’art en lien avec la signature et l’auto-référence. Il signe ici une boîte noire vide.

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