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Scène de sabbat / Départ pour le sabbat 

David II Téniers, dit le Jeune (attribué à

2e moitié du XVIIe siècle

Huile sur toile

41,4 x 60,4 cm

n° inv. 892.1.38

Musée Sainte-Croix, Poitiers

 

David Teniers le Jeune fut, dès ses débuts, un peintre très productif grâce, notamment à ses contacts avec le commerce d’art anversois. Ses scènes d’auberge, dans la tradition de la peinture de genre flamande, le rendent rapidement célèbre. 

Dans un foisonnement de détails caractéristiques de l’artiste, cette scène évoque l’antre des sorcières dans laquelle évoluent nombre de monstres improbables. Le terme « sabbat » désigne une assemblée nocturne de sorciers et sorcières qui rendent un culte au diable, avec des danses et des orgies rappellent ceux de l’antiquité païenne. Il s’agit d’une transposition malveillante du terme shabbat, jour de repos hebdomadaire dans la tradition juive, qui fut assimilé durant le Moyen-âge à une « fête obscure ».

David Teniers II, dit le Jeune (1610-1690)

    David Teniers est un artiste flamand polyvalent : peintre, graveur et copiste. Il a travaillé plusieurs genres : peinture d’histoire, paysage et portrait, avec une prédilection pour les scènes de genre, dans lesquelles il représente des scènes de la vie populaire. Il débute sa carrière en collaborant avec son père, David Teniers Ier (1582-1649), auprès duquel il s’est aussi formé. En 1651, il part à Bruxelles et devient le peintre particulier de l’archiduc Léopold-Guillaume, qui le charge de la publication d’un livre contenant 244 gravures de tableaux italiens provenant de sa collection. Il produit également des œuvres pour la cour royale d’Espagne et passe quelque temps en Angleterre. En 1663, il fait partie des fondateurs de l’Académie des beaux-arts d’Anvers.

Tout comme son père, David Teniers le Jeune a réalisé des peintures païennes mettant en scène des sorcières, reflétant ainsi les préoccupations d’une époque ancrée dans une croyance collective d’une incarnation du mal, à la fois orchestrée et combattue par l’Église.

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Association des oeuvres et écriture des textes : Justine Bidaud

et Inès Ferron

 

 

 

 

La sorcellerie : entre ombres et lumières

    Les œuvres de David Teniers le Jeune et de Myriam Mihindou sont ici rapprochées pour leur sujet, mais également pour leurs caractéristiques formelles. 

    Le tableau de David Teniers II est assez sombre. Seuls quelques points lumineux ressortent grâce aux flammes des bougies et à la lueur de la cheminée. La maisonnette est plongée dans une obscurité inquiétante. La photographie de Myriam Mihindou, quant à elle, est faite de contrastes dus à l’inversion des valeurs de l’image. La lumière blanche est mise en valeur au centre de l’image, sur le fond noir.  

    Myriam Mihindou montre un rituel vaudou ; David Teniers II nous présente une scène de « sabbat » directement inspirée de la vision que l’on avait des sorcières au XVIIe siècle. Dans les deux cas, les deux artistes mettent en lumière des pratiques mystérieuses réservées aux initiés. Il est question, dans Découcadj’ 6 bis, d’un rituel d’exorcisme où la lumière émane de la femme photographiée. L’artiste a une approche positive du rituel : il permet, selon elle, de soigner le traumatisme. A contrario, David Teniers II souligne plutôt l’aspect ténébreux des rituels de sorcellerie, où les femmes sont des êtres tantôt repoussants, tantôt tentateurs, qui provoquent le mal. Il est important de préciser qu’au cours du XVIIe siècle en Belgique, pays du peintre, la chasse aux sorcières bat son plein : nombre de femmes sont brulées vives. Certaines d’entre elles sont accusées par les hommes de lois et de religion de séduire des hommes et de les amener à commettre le péché. Son tableau représente ces femmes qui, dans la culture populaire, incarnent le mal. La gamme chromatique relativement sombre dissimule ou dévoile les détails de la scène qui, par leur nature maléfique, confèrent une atmosphère des plus inquiétantes. 

    Ces deux œuvres offrent deux représentations opposées de la sorcellerie, qui dépendent grandement de la manière dont elle est perçue par l’artiste ou le spectateur, mais aussi du contexte (politique, social) dans lequel elles ont été créées.   

Myriam Mihindou

Déchoucaj’ 6 bis  

2004-06

Photographie numérique, tirage argentique contrecollé sur dibond, éd 1/3 + 1EA
100 x 75 cm

n° inv.016.22.1

Collection du FRAC Poitou-Charentes

photo © Myriam Mihindou et galerie Maïa Muller, Paris,

© Paris, ADAGP

 

Haïti, 2004 : le contexte politique est tendu. Accompagné des artistes de la troupe « Nous » de l’École Nationale des Arts, Myriam Mihindou est témoin des violences perpétrées par l’armée à la suite de la rébellion de la population contre le président et son régime autoritaire. Les membres de la troupe ont besoin d’exorciser cette vision traumatique. Dans une pièce sombre, ils déambulent et laissent leurs corps se mouvoir librement pour faire ressortir leur peur et leur colère, tandis que Myriam Mihindou les photographie sur le vif. Elle choisit ensuite d’inverser les valeurs de l’image, ce qui augmente le contraste, leur donne plus de lumière et décuple leur puissance.

Myriam Mihindou (Libreville, Gabon, 1964)

    Myriam Mihindou a passé seize ans au Gabon avant de venir s’établir en France en 1980 et d’obtenir son diplôme à l’école des Beaux-arts de Bordeaux en 1993. Sa pratique artistique inclut la sculpture, la photographie et la performance, dans lesquelles elle met au jour les blessures du corps.

Myriam Mihindou a grandi dans une culture faite de mythes et de rituels qui auront un grand impact sur elle. Ses voyages, de l’Egypte en Haïti, lui ont permis de se confronter aux cultures et aux croyances de nombreuses communautés. Ses œuvres qui travaillent la mémoire, l’identité, le corps, la politique ou encore la sexualité, visent l’exaltation des sentiments enfouis au plus profond de l’inconscient. Son travail s’inscrit dans une visée thérapeutique, et dénonce les phénomènes de violence ou d’oppression qui frappent notre monde. 

La perte de sa sœur l’a conduite à explorer un « rapport mystique au monde et aux êtres », en particulier en Haïti, où elle a photographié des rituels vaudou en ayant, symboliquement, les « yeux renversés ». La série intitulée Déchoucaj’, terme qui emporte l’idée d’ « arrachement » et de « déchirement », permet ainsi à l’artiste de se confronter à la question du corps et de ses limites, en investissant un espace de perception résolument onirique.

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