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Robert Charmolue (1er quart du XVe siècle) 

Calcaire gravé 

33 x 50 x 6 cm

n° inv. 2007.0.6.8

Musée Sainte-Croix, Poitiers

Cet épitaphe perpétue la mémoire de Robert Charmolue, un clerc du diocèse de Soissons. Il fut à partir de 1415 doyen de la faculté de médecine et dès 1418 se vit nommé médecin du dauphin Charles VII. Ce dernier périt peu de temps après, en avril 1421 à Poitiers, lieu-même où il avait établi son Parlement. Dans une calligraphie gothique flamboyante, l’épitaphe évoque ses dernières volontés. Nous pouvons supposer que cette pierre tombale a été recensée par l’appel de l’État aux inspecteurs/instituteurs dès le XIXe siècle, en charge d’inventorier les monuments retrouvés au sein de leurs circonscriptions. C’est dans ces conditions que l’art médiéval, défini jusque-là comme gothique au sens de « barbare », retrouvera des lettres de noblesse. 

 

 

Lecture et traduction de Françoise Baron :

DEO ET NATURE REDDO SIMPLICIA

ACTA CONVOLITI SINT DEO GRATA

ROBERTUS CHARMOLUE MEDICUS

SUESSONEN[sis] DIOCESIS

Le texte en latin se traduit ainsi : « À Dieu et à la nature, je rends mes éléments simples ; puissent les actes de leur commune volonté être agréables à Dieu ; Robert Charmolue, médecin, du diocèse de Soissons. » La clarté du propos introduit comme éléments fondamentaux à la fois Dieu et la Nature, comme dernier interlocuteur de l’homme, ici distingué par son nom, sa fonction et son diocèse d’origine.

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Association des oeuvres et écriture des textes : Azaëlle Jourdain

et Lisa Personne

Au delà de l'écriture

    La relation entre les deux œuvres se tisse en premier lieu par le caractère épigraphique. L’écriture évoque l’ambivalence de la mort et de la vie ainsi que leur enchevêtrement. Les systèmes de croyance humaine envisagent souvent la mort comme le commencement de quelque chose de nouveau ; la théologie chrétienne, notamment, a très vite insisté sur l’importance de la vie après la mort, le paradis étant réservé à ceux qui accomplissent de bonnes œuvres. À ce titre, l’épitaphe de Robert Charmolue, le médecin du Dauphin (le futur Charles VII), nous renseigne sur la représentation de cet au-delà par l’expression de mots qui s’ancrent de manière pérenne dans la matière : « À Dieu et à la nature, je rends mes éléments simples ; puissent les actes de leur commune volonté être agréables à Dieu ; Robert Charmolue, médecin, du diocèse de Soissons. »  Nous pouvons voir cette épitaphe comme le témoignage d’un passage : celui de la lumière à l’ombre, du lever de soleil à son crépuscule. Cependant même si la foi commune chrétienne tend à croire en un au-delà, une nouvelle existence post-mortem n’est pas évoquée explicitement.

L’écriture, matérialisation d’une idée ou d’une notion par des mots, permet une trace de l’esprit dans le temps. Mohammed Bakir utilise ce moyen pour mettre en lumière un terme connoté, l’eldorado étant associé aux conquistadores et leur insatiable soif d’or. La perception de l’or traverse les cultures en prenant différents sens : sacré chez les Précolombiens, il se transforme au contact de l’Occident en marchandise, étalon monétaire. Le néon quant à lui est un procédé mécanique lumineux ; la lumière étant associée au registre de la raison, de l’entendement mais aussi de l’espoir. L’utilisation du néon renvoie notamment à l’usage qu'il en est fait pour les enseignes de commerces, son œuvre fonctionne comme celles-ci dans le but d’attirer l’œil du client. Toutefois ici le néon est recouvert de peinture et la lumière se voit réfléchie sur le mur. Son caractère rayonnant est alors étouffé, son aura détournée vers un horizon déterminé dans l’espace : le mur. C’est donc une contradiction de plus, un apparent conflit puisque la course naturelle de la lumière est déviée, détournée vers une voie sans issue. 

Lahouari Mohammed Bakir

Eldorado

2013

Néon et peinture

20 x 100 cm

n° inv. 015.47.1

FRAC Poitou-Charentes, Angoulême

photo : Lahouari Mohammed Bakir, © Paris, ADAGP

 

Cette œuvre de l’artiste Lahouari Mohammed Bakir évoque par son titre le pays chimérique espagnol d’Amérique du Sud regorgeant d’or et de richesses. Ce mythe a conduit les conquistadores jusqu’au début du XVIIe siècle dans leurs explorations scabreuses pour trouver les citées d’or. Son œuvre fixe dans l’espace un mot qui renvoie à un imaginaire idéal.  La partie tournée vers le spectateur est peinte de façon à ce que la lumière ne se reflète que sur le mur où l’œuvre est accrochée. La lumière semble émaner du mur, alors qu’elle provient du revers du néon. Les lettres du mot « eldorado » ressortent en ombre sur une lumière teintée de jaune, rappelant l’or que recherchaient les conquistadors. Mohammed Bakir met en lumière les victimes de l’immigration, pour qui l’eldorado ne reste qu’un mirage. Cette réalisation plastique nous place alors face à l’actualité que la plupart d’entre nous ont déjà reléguée au second plan. Dans l’œuvre de Bakir, ce que l’on ne veut pas voir, ce que l’on veut oublier est mis en lumière.

Lahouari Mohammed Bakir (Nîmes, 1973)

    Lahouari Mohammed Bakir a effectué son cursus à l’école des Beaux-Arts de Montpellier. Il s’inspire des drames de l’Histoire pour réaliser ses travaux plastiques. Parallèlement, il tire de l’actualité internationale certains de ses thèmes et entretient un intérêt tout particulier pour les évènements qui hantent la mémoire collective. Mohammed Bakir insiste sur le fait que les revendications de ses œuvres se font en silence : les moments de l’histoire évoqués le sont implicitement. Il décontextualise son sujet pour créer une nouvelle réalité propre à chacun.  

Le travail de Lahouari Mohammed Bakir est essentiellement pictural. Cependant, il lui arrive d’utiliser d’autres médiums, comme les néons ou la photographie, où les mots prennent une place centrale. Ses œuvres plastiques prennent alors la forme de banderoles ou d’étendards, porteurs des revendications d’un monde qui est à reconstruire. 

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